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Obésité chez l’enfant: Définition, symptômes et traitement

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Qu’est-ce que c’est ?

On parle d’obésité chez l’enfant, lorsqu’il présente médicalement un excès de masse grasse ou que son poids dépasse celui attendu pour sa taille…

Comme dans la plupart des pays industrialisés, le nombre d’enfants obèses en France commence à atteindre des chiffres alarmants : 10 % des enfants atteints, avec une augmentation plus inquiétante du nombre d’enfants “super obèses”.

Les raisons de l’obésité de l’enfant sont multiples : génétiques (“héréditaire”), mais surtout environnementales (mode de vie, alimentation…) et certaines causes encore inconnues. La prise en charge des enfants obèses est tellement difficile et décevante qu’il est indispensable de se pencher sur les mesures de prévention.

La définition médicale actuelle de l’obésité ne requiert aucune connaissance scientifique particulière. Il suffit de peser (en kg) et de mesurer (en mètre) l’enfant à un âge donné, et de reporter ces mesures sur les courbes de croissance du carnet de santé. Ces mesures permettent de se rendre compte d’un surpoids éventuel, non décelé jusque-là.

L’indice de masse corporelle

Il est indispensable de calculer “l’indice de masse corporelle” ou IMC (ou BMI = Body mass index en anglais) selon la formule suivante : poids en kg divisé par le carré de la taille en mètre.

IMC = Poids (kg) / Taille (au carré exprimée en m2).
Ce calcul permet d’obtenir un chiffre qui est variable selon l’âge, et compris entre 12 et 28. Il faut alors reporter ce chiffre sur les courbes d’IMC également présentes à la fin des carnets de santé les plus récents.

 Obésité chez l'enfant
Représentation graphique de quatre types d’évolutions de corpulence de la naissance à l’âge adulte

• Si le chiffre d’IMC dépasse la ligne continue, la plus haute (97 %) : l’enfant est obèse (selon la définition médicale actuelle). Il faut donc consulter rapidement un médecin en charge des problèmes de poids chez l’enfant.

• Si le chiffre d’IMC est compris entre la ligne continue des 97 % et celle en pointillé des 75 %, il faut être très vigilant et refaire le point avec le médecin sur le mode de vie et les habitudes alimentaires de l’enfant et de la famille.

• Si le chiffre d’IMC est compris entre la ligne pointillée des 75 % et celle en continue des 50 %, l’enfant présente une corpulence normale, il suffit de continuer de tracer cette courbe très régulièrement.

Un aspect primordial est la réalisation de la courbe d’IMC depuis la naissance jusqu’à l’âge actuel à l’aide d’un point par an, c’est-à-dire, un IMC calculé, chaque année, avec le poids et la taille mesurés généralement à la maison ou chez le médecin à l’occasion d’une visite de routine ou d’une maladie. Cette courbe est ascendante au cours de la première année pour atteindre un pic à un an, puis elle redescend de l’âge de la marche jusque vers 6 ans où elle atteint son chiffre le plus bas pour remonter à partir de 7 ou 8 ans jusqu’à l’âge adulte.

Le rebond précoce d’adiposité

Si en traçant cette courbe depuis la naissance, vous remarquez qu’elle s’accélère, l’enfant est peut-être en phase de constitution d’un surpoids voire d’une obésité. On appelle cette situation “le rebond précoce d’adiposité” s’il survient avant l’âge habituel des 7-8 ans. Un phénomène décrit en 1984 par le Dr MF. Rolland-Cachera : “plus le rebond d’adiposité est précoce, plus le risque d’obésité future est important”.

Il faut alors en parler à votre médecin.

La prise en charge d’enfants obèses et “installés” dans leur obésité depuis longtemps demande beaucoup de temps, de patience et de volonté de la part de l’enfant et de sa famille, si bien qu’en terme de résultats, l’enfant, sa famille et le médecin sont souvent déçus. C’est la raison pour laquelle les mesures de prévention sont indispensables et permettront peut-être d’éviter des situations parfois dramatiques et souvent conflictuelles.

D’où cela vient-il ?

Obésité chez l'enfantL’obésité (ou excès de masse grasse) correspond à un stockage trop important de masse grasse dans l’organisme lié à un déséquilibre entre les apports énergétiques et les dépenses énergétiques.

L’être humain est génétiquement programmé pour stocker sous forme de graisse le carburant, c’est-à-dire les aliments ingurgités et non utilisés par l’organisme pour son fonctionnement. Cela permet en cas de pénurie alimentaire de “tenir le choc” en fonction des réserves constituées. Mais cette programmation, vitale autrefois, ne convient plus aux sociétés de consommation et de sédentarisation actuelles.

Les apports énergétiques

D’un point de vue alimentaire, on peut retenir pour schématiser que les aliments contiennent dans des pourcentages différents : des lipides, des glucides, des protéines. Ce sont les macronutriments. Leur apport calorique, leur capacité à être stockés ou “brûlés”, leur effet sur la sensation de faim sont différents.

Les lipides sont les plus riches (9 kilocalories par gramme = kcal/g), ils ont un effet faible sur le rassasiement, et se stockent très bien pour constituer des réserves. Ils représentent donc “l’ennemi n°1” et leur apport quotidien ne devrait représenter que 30 à 35 % des apports totaux. Or de nombreux plats cuisinés industrialisés sont enrichis en lipides (graisses), leur coût est faible, leur poids élevé (le prix de vente au kilogramme augmente donc) et ils confèrent aux aliments une meilleure palatabilité (ils améliorent le goût et l’odeur). Ils sont donc prisés par les industriels agroalimentaires.

Les glucides apportent 4 kcal/g, ont une capacité de stockage (réservée à la dépense énergétique immédiate) bien plus faible que celle des lipides et un pouvoir important sur la suppression de la faim. Il ne faut pas confondre glucides et sucreries. Les glucides, dont il faut promouvoir l’utilisation sont les sucres dits “lents” : les “farineux”, les céréales, les féculents (riz, pâtes, pommes de terre, petits pois, légumes secs…). Ils doivent être présents à chaque repas pour représenter 50 à 55 % des apports énergétiques d’une journée. Ils doivent être différenciés des sucres dits “rapides” dont l’absorption digestive est rapide et l’effet de satiété de courte durée : ce sont les sucres blancs (sucre en morceaux, en poudre) et tous leurs dérivés, boissons sucrées y compris les jus de fruits naturels, bonbons, chocolat, biscuiterie… L’association “anti-diététique” par excellence et donc la moins recommandable (car la plus hautement calorique), est sucre rapide + graisses.

Les protéines enfin, apportent également 4 kcal/g. Elles ont la plus faible capacité de stockage et un effet important sur la suppression de la faim. Leur apport quotidien doit être de 10 à 20 % des apports énergétiques. On trouve des protéines principalement dans les viandes, poissons, œufs et produits laitiers. Des données récentes tendent à montrer qu’une consommation excessive de protéines chez le nourrisson aggraverait les problèmes de poids ultérieurs d’où les modifications récentes des compositions des laits infantiles.

Parallèlement à cette classification, les différents types d’aliments peuvent être regroupés en catégorie. Il faut, chaque jour, consommer des aliments de chaque catégorie :

• les produits laitiers : lait, yaourts, fromages blancs, fromages secs… à consommer à chaque repas en un seul exemplaire. Ils sont riches en protéines (élaboration des tissus du corps) et en calcium (formation et solidité des os et des dents).

• les légumes verts et fruits crus : riches en fibres et vitamines, peu caloriques dans l’ensemble, ils sont à consommer crus ou cuits à chaque repas et en quantité quasi illimitée (surtout pour les légumes verts).

• les produits céréaliers, légumes secs, féculents, pain et dérivés : un élément de cette gamme par repas également. Riches en glucides d’absorption lente, ils ont un fort pouvoir de satiété.

• beurre, huile, margarine : il s’agit essentiellement de produits de cuisson ou d’assaisonnement. Riches en lipides, leur consommation doit être limitée. De nombreux aliments contiennent des graisses cachées (charcuterie, biscuits apéritifs, fromages secs ou à pâte molle…).

• viandes, poissons, œufs : à consommer une fois par jour, en une fois, pour l’apport en protéines et en fer.

• l’eau, seule boisson indispensable, d’apport calorique nul mais à la fonction vitale.

Les dépenses énergétiques

Il y a le “métabolisme de base” c’est-à-dire ce que notre corps utilise pour faire fonctionner au repos notre cœur, nos poumons, notre système nerveux, locomoteur et digestif : c’est une consommation vitale, incontournable et automatique ! Et puis il y a le reste, ce que l’on consomme en courant après le bus, en chantant, en riant, en montant les escaliers, en travaillant, en bricolant, en faisant le ménage, en étendant le linge, en repassant, en cuisinant, en faisant les courses, en faisant du sport. Parmi les très faibles consommateurs d’énergie : les trajets en voiture, les séances de télévision, de jeux vidéos, de sieste, de sommeil, de lecture.

Schématiquement, il faut toujours se rappeler que si, en calories, les entrées sont équivalentes aux sorties, on ne stocke pas d’énergie. En revanche, si on emmagasine beaucoup de “carburants” à l’occasion de repas festifs un peu chargés et que parallèlement on ne dépense pas ce “supercarburant”, il est mis de côté par notre organisme dans un souci d’économie d’énergie. Il faut donc alléger les repas autour de ceux trop riches ou simplement savoir écouter notre corps et/ou veiller à augmenter les dépenses physiques pendant cette même période.

Quels risques ?

Les facteurs de risque de l’obésité chez l’enfant doivent être identifiés pour en limiter l’accumulation et éviter que l’obésité n’apparaisse ou ne s’aggrave.

Les facteurs de risques vont faire que l’enfant, prédisposé génétiquement (ou non), risque de devenir obèse en cumulant tel ou tel facteur, que ce soit dans son mode de vie, son alimentation ou son environnement.
On ne peut malheureusement pas lister de façon exhaustive tous les facteurs de risques. C’est l’accumulation des facteurs chez un même individu qui risque d’aggraver la prise excessive de poids.

Plus on limite les facteurs de risque, moins le risque est important

Facteurs de risques d’ordre “génétique”

Schématiquement, on peut retenir qu’il existe :
• un risque très important d’avoir un enfant obèse si les deux parents sont obèses ;
• un risque important d’avoir un enfant obèse si un parent est obèse ;
• un risque non négligeable malgré tout, si aucun des parents n’est obèse.

Cela permet d’aider à “cibler les familles” auprès desquelles il faut insister et expliquer les mesures préventives en matière d’éducation nutritionnelle.

Facteurs de risque d’ordre environnemental

C’est le mode de vie ou l’hygiène de vie qui exposent l’enfant à l’obésité.

Famille et milieu : famille monoparentale, enfant unique, enfant négligé, enfant dernier né, mère âgée, milieu socio-économique défavorisé, héritage culturel qui privilégie les enfants ronds, culpabilité de la mère qui travaille, parfois compensée par une surabondance alimentaire.

Mode de vie : Temps de sommeil insuffisant, télévision intensive (pendant les repas, plusieurs fois par jour), sédentarité ou inactivité excessive (pas de jeux extérieurs, trop de jeux vidéo, de télé), absence d’encadrement en période périscolaire ou le week-end laissant l’enfant se débrouiller seul (incapacité à s’auto-réglementer).

Alimentation et mauvaise éducation alimentaire : grignotage intempestif, n’importe quand, n’importe où, dans la journée, boissons sucrées à la place de l’eau, alimentation riche en préparations industrielles souvent très grasses pour augmenter la douceur au palais (palatabilité). Donner à manger à tout moment, même quand l’enfant ne réclame rien, donner à manger pour consoler, pour passer le temps. Faire participer le petit enfant au repas de famille est souvent équivalent à un deuxième repas. Attention, il faut cependant éviter les “interdits” fermes et définitifs qui, en général, décuplent l’envie de l’enfant de se procurer l’aliment interdit.

Réponse inadaptée des parents : aux demandes réitérées des enfants en situation de stress, après un chagrin, un épisode douloureux, la réponse des parents, très fréquemment observée, sur un mode alimentaire : la “bobo-phagie”, “l’ennui-phagie”, la “télé-phagie”. Le règne de l’enfant-roi : sous prétexte de vouloir le mieux pour son enfant, on lui laisse le choix, il décide, il refuse, il ne demande pas, il se sert, il résiste, il se fâche, voire il agresse.

Responsabilité des industriels agroalimentaires ? Que dire des publicités plus ou moins mensongères, que dire des distributeurs de sodas, de confiseries, des snacks qui fleurissent aussi vite que les fast-foods mais moins souvent que les aires de jeux… Que dire des publicités télévisées visant nos enfants sans répit, futurs acheteurs en grandes surfaces et déjà consommateurs choyés.

Quels facteurs aggravants ?

Les situations qui risquent d’aggraver une obésité chez l’enfant sont essentiellement d’ordre psychologique ou éducatif.

Etant donné le bouleversement que provoque parfois la prise en charge d’un enfant obèse au sein de la famille, il est fréquent de constater des échecs ou des mauvais résultats.
Si la motivation de l’enfant et de sa famille n’est pas présente, les chances de succès dans la prise en charge de l’enfant sont très minimes. La première consultation permet au médecin de bien cerner la demande : de qui vient-elle ? Est-elle ressentie de la même façon par les deux parents ?

Ainsi, si l’enfant est amené seul, envoyé par la médecine scolaire, la situation est moins prometteuse que si l’enfant vient en famille, à sa demande, avec ses deux parents, voire la “nounou” ou les grands-parents. On peut évoquer, là, les difficultés que représentent parfois les couples divorcés, avec le sentiment de culpabilité parentale si le divorce est à l’origine de la prise de poids de l’enfant, avec des conflits conjugaux persistants quant à l’éducation globale et à la prise en charge de l’obésité, sources de conflits supplémentaires.

Quand il s’agit d’enfants jeunes n’ayant aucun accès libre à la nourriture, c’est-à-dire pas d’argent de poche, pas de préparation de repas, les parents doivent modifier leurs habitudes alimentaires et leur mode de vie (activités extérieures et d’intérieur…) de manière à ce que l’enfant les accepte comme étant décidé par “l’autorité parentale ou le modèle parental”. Les enfants sont malléables d’où l’importance des apprentissages précoces en matière d’éducation alimentaire, de comportement alimentaire, de dépense physique, de jeu, etc.

Quand il s’agit d’enfants plus âgés, leur “consentement éclairé” vis-à-vis des mesures entreprises conditionne les “bons” ou “mauvais résultats” car leur autonomie (financière entre autres) leur laisse la liberté de choisir l’inverse de ce qui leur est suggéré.

La réflexion classique des parents en consultation -“écoute bien, c’est pour toi que l’on fait ça !”-, traduit souvent leurs difficultés à faire admettre les changements préconisés à leur enfant. L’essoufflement survient plus ou moins rapidement selon le tempérament docile ou agressif de l’enfant. Le médecin pourra alors suggérer un soutien psychologique. Mais il est rarement accepté.

Comment vivre avec ?

L’apprentissage et le maintien d’une “bonne” hygiène de vie chez l’enfant obèse semblent indispensables.

Dans les connaissances médicales actuelles, on ne peut agir que sur les facteurs environnementaux pour lutter contre l’obésité. L’apprentissage d’une meilleure hygiène de vie quotidienne doit démarrer dès le plus jeune âge pour une meilleure prévention de l’obésité.

L’éducation et l’alimentation

Limitez votre liste d’achats aux produits nécessaires. Optez pour la commande téléphonique et la livraison à domicile pour éviter toute tentation sur place.

Faites les courses sans les enfants, ils sont une cible idéale pour les industriels agro-alimentaires.

Faites les courses de préférence après un repas en évitant certains rayons où la tentation est trop grande. Si vous êtes à jeun, vous serez plus tenté de remplir votre caddie au gré des envies de votre estomac.

Stockez les légumes au congélateur et utilisez le four à micro-onde ou une cocotte-minute : préparer des légumes devient un jeu d’enfant. Il faut en consommer au moins une fois par jour.

Apprenez à lire les étiquettes des produits alimentaires et méfiez-vous des produits riches en lipides (graisses).

A la maison, si vos petits ou grands s’interrogent sur le manque de viennoiseries, de biscuits, de pâte à tartiner ou autres, expliquez vos choix. En dernier recours, vous pouvez également invoquer la panne du supermarché, la grève du fabriquant et vous verrez que finalement ils s’adapteront.

Tous les aliments sont autorisés s’ils sont consommés avec modération ! Cependant certains, plus caloriques que d’autres sont à noter pour en limiter les achats :

Les produits panés : les pommes noisettes, les poissons panés, les “nuggets”, les cordons bleus, les fritures etc., très riches en gras donc très caloriques.

Les viennoiseries et biscuits industriels : croissants, pains au chocolat, barre de quatre-quarts, barre briochée, pains au lait etc., à remplacer au petit déjeuner ou au goûter par du pain avec de la confiture ou du chocolat, ou par un produit laitier et un fruit.

Les pâtes à tartiner chocolatées ou aux noisettes : elles sont très grasses et très sucrées donc très caloriques et peu recommandables en consommation quotidienne.

Les produits laitiers et desserts sucrés : la gamme est tellement variée que l’on pourrait sans difficulté manger un dessert différent à chaque repas pendant un mois. Là encore, privilégiez les produits natures à sucrer avec un peu de confiture par exemple, évitez les flans et autres crèmes dessert.

Les biscuits apéritifs et dérivés : les chips, les cacahuètes et graines salées, les olives farcies etc. Essayez plutôt les crudités en bâtonnet avec une sauce légère (à base de fromage blanc et d’herbes aromatiques, par exemple).

Les charcuteries, sauces d’accompagnement (mayonnaise, ketchup ou autres). Préférez les épices.

Les fruits au sirop et compotes : faites des salades de fruits frais mélangés, plus riches en vitamine C que du jus d’orange en brique ou une macédoine de fruits au sirop.

Apprenez-leur, dès le plus jeune âge, à manger lentement, en mastiquant les aliments afin qu’ils arrivent dans l’estomac en bouillie et non en morceaux. L’estomac ne peut pas remplacer les dents et votre enfant aura mal au ventre s’il mange trop vite. Un repas devrait durer 30 minutes au moins. La convivialité d’un repas s’apprend dès l’enfance.

Respectez toujours le petit appétit d’un enfant (même lorsqu’il vous paraît mince) : à la différence de l’adulte, le tout petit sait ce dont il a besoin pour vivre, il ne vit pas encore pour manger ! En revanche, apprenez à l’enfant qu’il y a des moments où l’on mange de préférence à table, en famille, sans télévision, et des moments où on ne mange pas.

Limitez au maximum le grignotage intempestif afin que l’enfant ait des repères. Attention au piège de l’appétit “sélectif”, c’est-à-dire de l’enfant qui décide de ce qu’il veut manger car il privilégie souvent les produits sucrés au détriment des légumes, par exemple. Si votre enfant refuse de finir son plat de légumes-viande à midi sous prétexte qu’il n’a plus faim, ne vous laissez pas attendrir en lui proposant un dessert sucré pour finir car vous allez créer chez lui de mauvaises habitudes de sélection alimentaire.

Apprendre que la boisson essentielle est l’eau. Si l’enfant a soif dans la journée ou la nuit, il ne doit boire que de l’eau. Les boissons sucrées (jus de fruits, sirops, boissons gazeuses, y compris le lait nature) favorisent les caries, apportent des calories inutiles et entretiennent l’envie du sucré. Eviter ou limiter les produits édulcorés ou “lights” qui habituent les papilles gustatives à des envies de sucre.

Apprenez aux jeunes enfants à demander avant de se servir, évitez l’accès libre aux placards et au réfrigérateur.

Attention à l’acquisition de certains réflexes aux effets désastreux : la “bobo-phagie”, “l’ennui-phagie”, la “télé-phagie”, c’est-à-dire toutes ces situations où la compensation est alimentaire par réflexe.

Rythmez la journée

Le matin. Préparez la table du petit déjeuner la veille, en disposant des fruits, des céréales ou des tartines de confiture, des produits laitiers pour rendre ce moment alléchant.

Le goûter. Méfiez-vous des barres biscuitées, des gâteaux préemballés, des boissons sucrées en briques ou en canettes, des bonbons “systématiques”, voire des chips ou des biscuits apéritifs salés. Ces produits pratiques ont un apport calorique et un coût élevés et un effet de satiété plus faible que le traditionnel morceau de pain croustillant avec sa barre de chocolat.

Le soir, si votre enfant est récupéré par une baby-sitter, demandez-lui de ne pas proposer un deuxième goûter et également de laisser votre enfant jouer dehors ou encouragez-la à faire une partie du trajet de retour à pied. Même en hiver, il faut recommander un minimum de temps de jeux d’extérieur, l’enfant en a besoin pour décompresser après une journée passée assis.

Essayez de limiter autant que possible la téléphagie grandissante. Limitez les séances de télévision à de courtes durées en choisissant des programmes courts, des cassettes vidéos sans publicité.

Profitez des week-ends pour donner l’envie de bouger à vos enfants. Il faut pour cela que l’ensemble de la famille soit active car il est difficile de conseiller une activité sportive ou même une simple promenade si on reste dans le canapé du salon devant la télévision. Inscrivez votre enfant à une activité sportive le mercredi.

Quel traitement ?

La prise en charge des enfants obèses doit être la plus précoce possible afin de minimiser les effets secondaires psychologiques, médicaux et sociaux liés au surpoids.

Face à la surmédicalisation et à la surconsommation médicamenteuse, la difficulté est de faire admettre à l’enfant obèse et à sa famille que la prise en charge de l’obésité passe simplement par quelques modifications durables du mode de vie, de l’environnement et du comportement alimentaire.

La reconnaissance familiale de l’obésité

La prise en charge de l’enfant obèse commence au sein de la famille, par la reconnaissance du problème d’excès de poids. Cette reconnaissance doit être positive et constructive, c’est-à-dire conduire à une consultation médicale. En effet, il faut que les parents évitent dans la mesure du possible les remarques négatives qui confortent l’enfant dans l’idée qu’il n’est pas comme on aimerait qu’il ou elle soit. Même si cela n’est pas facile à admettre, il faut que les parents acceptent de remettre en cause le mode de fonctionnement de la famille pour déculpabiliser leur enfant.

La consultation médicale

Une fois cette reconnaissance familiale et positive, il faut amener votre enfant en consultation médicale. Si la réponse du médecin ne vous convient pas, renouvelez votre inquiétude et demandez une consultation spécialisée auprès d’un pédiatre, d’un endocrinologue pédiatre, d’un nutritionniste habitué aux enfants.

La première consultation pour obésité est souvent très longue car il faut prendre le temps de :

• construire les courbes de croissance staturale, pondérale et d’indice de masse corporelle de l’enfant d’après les données, précieuses, du carnet de santé. Ces tracés permettent de dater le début de la phase de constitution de l’obésité.

• se renseigner sur le mode de vie de l’enfant et de sa famille, son comportement alimentaire, les rythmes de sommeil, le temps passé à jouer dehors, à regarder la télévision, la constitution des repas, les grignotages etc.

Il se crée donc à chaque consultation un “rituel de validation” du contrat précédent, savoir ce qui a posé des problèmes, ce qui est le plus difficile, là où l’enfant a craqué et pourquoi, puis la pesée et la mesure de la taille, le calcul de l’IMC, le remplissage des courbes et la signature d’un nouveau contrat si l’enfant s’en sent capable.

Le recours à d’autres spécialistes

Il faut parfois avoir recours à l’aide d’une diététicienne ou passer par le biais d’une hospitalisation de jour selon le degré de réceptivité de la famille ou la gravité médicale ou sociale de la situation. Selon la souffrance psychologique de l’enfant et selon sa demande, on peut proposer un soutien parallèle mais la suggestion médicale n’est pas toujours suivie. A coté de la prise en charge par un pédopsychiatre ou un psychologue, apparaissent de nouvelles “techniques” comme la thérapie comportementale et cognitive.

Parmi les difficultés à suivre les enfants obèses, les médecins soulignent fréquemment :

• en milieu hospitalier, plus qu’en pratique libérale, un absentéisme fréquent en consultation, que ce soit à la première visite ou en suivi régulier : si la famille ne prévient pas de l’annulation du rendez-vous, cela ne fait qu’augmenter les délais de consultation.

• un essoufflement de la famille et de l’enfant au bout de quelques mois avec de nombreux “perdus de vue”, c’est-à-dire que l’on ne sait pas ce que sont devenus les patients en terme de poids. Cela rend difficile les études prospectives en matière de résultats de prise en charge d’enfants obèses.

• une “impression générale” de mauvais résultats, avec “rechute” fréquentes c’est-à-dire reprise de poids dès que la famille et l’enfant ne font plus attention ou accumulent les “extras”!

Vos questions

Comment puis-je savoir si mon enfant est obèse ?

Tout simplement en le mesurant et en le pesant. Si l’aide des courbes de croissance est indéniable, le calcul de l’IMC (Indice de masse corporelle) ainsi que le tracé de la courbe est encore plus informatif et s’impose au cours des visites médicales. Cet outil précieux et simple à réaliser permet de définir le degré d’obésité ou d’en prévenir l’apparition par un dépistage précoce et l’adoption des mesures conseillées.

S’agit-il d’un dérèglement hormonal ?

Non, c’est exceptionnel. Dans la très grande majorité des cas, il s’agit d’un mode de vie trop inactif associé à une alimentation trop calorique et désorganisée chez un enfant plus ou moins prédisposé génétiquement.

A quoi cette obésité est-elle due ?

On peut retrouver une prédisposition génétique, c’est-à-dire que plus il existe dans la famille d’individus ayant un problème de poids, plus le risque d’avoir un enfant en surpoids puis obèse est important. Il est toutefois difficile de faire la part entre l’héritage “chromosomique” et l’héritage du mode de vie, c’est-à-dire la façon de faire à manger, de choisir les aliments, de prendre les repas et de se dépenser.

Faut-il faire une prise de sang ? Un bilan ?

Dans le cas le plus fréquent des “obésités communes”, il n’y a pas lieu de faire de bilan biologique. Cependant, une prise de sang peut-être proposée par le médecin : soit parce que la réalisation de la courbe staturale montre un infléchissement au moment de la prise de poids et que cette situation peut signifier l’existence d’une pathologie hormonale, soit parce que le médecin soupçonne l’existence de complications métaboliques liées à une obésité déjà ancienne ou très sévère, et parfois pour rassurer des parents très inquiets.

Existe-t-il des médicaments pour l’aider ?

Non. Il n’y a actuellement aucun médicament à notre disposition en allopathie pour aider les enfants obèses. Certains coupe-faim ont existé à une époque mais leur utilisation est désormais interdite ainsi que celle de médicaments récemment mis sur le marché mais réservés à l’adulte. Cette situation sera peut-être différente dans quelques années avec la découverte de nouvelles molécules, mais dans l’immédiat, il faut se contenter d’adopter les mesures d’hygiène de vie et de diététique conseillées.

Combien doit-il perdre de kilos ? Quel est son poids idéal ?

Cela dépend des cas. En effet, chez le jeune enfant, dont la croissance se poursuit, la seule stabilisation du poids suffira en quelques mois ou années à retrouver un poids correspondant à sa taille. En revanche chez un adolescent dont la puberté se termine, la perte de poids sera indispensable (mais doit être progressive) puisque la croissance staturale se ralentit nettement après le pic pubertaire.

Mon enfant est essoufflé, pouvez-vous le dispenser de sport ?

Surtout pas. Même s’il faut se méfier des sports qui aggravent la situation de “mésestime de soi” comme la piscine, la danse ou tout autre sport ou l’enfant sera gêné esthétiquement, il est indispensable chez les enfants de conseiller une activité physique régulière adaptée à son rythme. Selon la gravité de l’obésité, on peut conseiller les sports auto-portés (car l’effort est moins difficile) comme le vélo, les rollers, la piscine si l’enfant l’accepte, les sports collectifs car le rôle de “réinsertion sociale” est important (la présence indispensable du joueur pour un bon déroulement du jeu d’équipe valorise l’enfant). Il faut en tout cas que l’enfant ne vive pas l’activité physique comme une punition car il risque de s’en dégoûter et d’en subir physiquement et médicalement les conséquences à l’âge adulte. Si votre enfant est dans cette situation, il faut alors l’aider à trouver une série d’activités “domestiques” aisément réalisables tout au long de la journée et n’apparaissant pas comme une réelle “activité physique”.

Vous ne pourriez pas l’envoyer dans un centre ?

Il existe effectivement des centres susceptibles d’accepter les enfants obèses pour une prise en charge plus ou moins longue, en vacances scolaires ou pour une année scolaire. Malheureusement les demandes sont énormes, les places insuffisantes et de ce fait les délais sont souvent extrêmement longs (1 à 2 ans). Les placements représentent souvent pour les parents la situation idéale mais, si effectivement le retrait de la famille, le contrôle de l’alimentation, la pratique d’une activité physique régulière permettent une perte de poids rapide, le risque majeur est la reprise tout aussi rapide de kilos si rien n’a été changé des habitudes de la maison.

Le régime va-t-il durer longtemps ?

En terme de durée, il n’y a pas de réponse possible car les mesures adoptées correspondent à une amélioration de l’hygiène de vie de l’enfant et surtout de sa famille, et sont donc vouées à être conservées de façon durable.

Est-ce que son obésité va passer à la puberté ?

L’idée fréquente que le problème de poids de l’enfant “passera à la puberté” est faussement rassurante.

Les cantines scolaires offrent-elles des garanties suffisantes en matière de prévention de l’obésité chez l’enfant ?

Normalement, les repas sont conçus pour être équilibrés. Il est possible d’avoir accès aux menus. Certains centres offrent maintenant la possibilité de libre-service-snacks qui garantissent moins l’équilibre des repas.

L’obésité : une maladie ?

L’obésité de l’enfant est à considérer comme une maladie dans la mesure où l’enfant peut en subir des conséquences médicales immédiates et à long terme, des conséquences psychologiques.

L’obésité de l’enfant peut avoir des conséquences médicales, sociales et psychologiques graves voire insupportables contrairement aux points de vue des parents qui la réduisent bien souvent à un simple problème esthétique.

Le retentissement social et psychologique de l’obésité de l’enfant

L’enfant obèse souffre et rencontre quotidiennement les situations suivantes :

• Difficulté à s’habiller, à trouver un vêtement adapté à sa taille et à son poids. L’enfant obèse recherche des vêtements amples dans lesquels il ne soit pas trop gêné pour se déplacer et qui masquent, si possible, ses formes.

• Curiosité, mépris, dégoût voire animosité dans les regards et dans les réflexions des autres : dans la rue, à l’école où les enfants ne sont pas tendres face à la différence, et parfois même, au sein du milieu familial.

• Gêne physique lors des déplacements avec essoufflement rapide, sudation excessive, frottement et irritation des cuisses, transformant les cours d’éducation physique collectifs en séances de torture.

Ces comportements peuvent générer différents types de réactions :

• Mise à l’écart puis isolement et repli sur soi pouvant aboutir à une vraie spirale infernale où, par crainte de l’autre, l’enfant préfère rester seul avec son poids et son chagrin, ses gâteaux et sa télé jouant le rôle du consolateur, ni accusateur ni méchant.

• Parfois, des comportements d’agressivité, d’animosité voire de violence verbale ou physique.

• Plus rarement, le côté “bibendum rigolo” qui tourne son handicap en dérision comme argument de “vente”.

Ce retentissement social et psychologique de l’obésité peut être prédominant et doit être apprécié de façon individuelle pour conduire éventuellement à un soutien personnalisé. Ces conséquences psychologiques sont celles qui souvent chagrinent le plus les parents.

Les conséquences médicales somatiques

Les conséquences psychologiques ne doivent pas faire oublier les conséquences médicales somatiques de l’obésité qui apparaît, dès lors, comme une maladie évolutive et chronique. En effet un poids excessif peut créer des complications immédiates ou à long terme à l’âge adulte. L’obésité ayant démarré vers les 7 ans persistera dans 40 % des cas, et dans 70 % des cas si elle démarre à l’adolescence.

Ces complications amènent à penser que l’obésité sera un des fléaux du troisième millénaire par son coût très important en terme de santé publique.

Chez l’enfant, on peut citer de façon non exhaustive :

• Les complications orthopédiques : entorses à répétition, genu varum, épiphysiolyse de hanches, douleurs de genoux et des articulations des membres inférieurs.

• Les complications respiratoires : gêne à l’effort, syndrome restrictif, troubles du sommeil.

• Les complications dermatologiques : macération des plis, frottements, mycoses, vergetures.

• Les complications métaboliques : perturbation du bilan lipidique et glucidique avec apparition chez les adolescents du diabète de type 2 que l’on croyait “réservé” aux adultes…, hyperinsulinémie, hypertension artérielle…

Et plus rarement mais retrouvés de façon plus fréquente chez les obèses, puberté précoce, troubles des règles, calculs biliaires, hypertension intra-crânienne idiopathique, cardiomyopathie, inflammation du pancréas…

Chez l’adulte, du fait de la pérennisation de la situation, se rajoutent toutes les maladies cardio-vasculaires, l’hyperlipémie, le diabète de type 2, l’hypertension artérielle…

L’enfant n’est bien sûr pas sensible à cette “épée de Damoclès” qui plane au-dessus de sa tête. Seul lui importe son “look” et de ce fait son appartenance ou non à un groupe. Sa motivation essentielle est de pouvoir rejoindre le groupe pour ne plus en subir les moqueries ou brimades liées à sa différence.

En revanche, il est important de sensibiliser les parents aux conséquences médicales inéluctables pour une meilleure adhésion aux recommandations de la consultation.

Maladie et obésité de l’enfant

Il existe quelques maladies, rares, chez l’enfant qui s’accompagnent d’un excès de poids voire d’une franche obésité.

Le dérèglement hormonal, responsable du problème de poids est rare. Mais il faut prendre le temps d’éliminer une pathologie sous-jacente et rassurer les parents et l’enfant afin que, tranquillisés, ils se consacrent entièrement à la prise en charge de cette obésité dite “primaire”.

La courbe de taille

Le premier “outil” de débrouillage qui permet de faire le tri entre une obésité primaire et une obésité secondaire (due à une maladie hormonale par exemple) est la courbe staturo-pondérale qu’il faut retracer depuis la naissance. Il suffit de disposer d’un poids et d’une taille par an et de les reporter sur les courbes du carnet de santé.

Cela permet déjà de dater à peu près (la courbe d’indice de masse corporelle est plus fiable pour cela) le démarrage du surpoids et de rassurer les parents quant à un éventuel facteur déclenchant ou aggravant (changement de mode de garde, perturbations familiales…).

Cela permet surtout d’apprécier l’aspect de la courbe de taille : dans la très grande majorité des cas, on constate une accélération de cette courbe de taille avec passage de la moyenne à un niveau de “déviation standard” défini. Cette situation est d’ailleurs très bien perçue par les parents qui voient que leur enfant dépasse ses camarades d’une, voire de deux têtes et qui annoncent fièrement lors de la consultation “heureusement il est grand !”. Hélas, cette accélération est presque toujours la preuve qu’il s’agit bien d’une obésité “primaire” ou “commune” c’est-à-dire liée à un déséquilibre entre les apports énergétiques et leurs dépenses. L’avance staturale de l’enfant ne signifie pas qu’il sera forcément très grand (cela dépend aussi des tailles parentales) car on constate souvent des pubertés avancées avec ralentissement de croissance plus précoce.

Les pathologies sous-jacentes

En revanche, si cette courbe de taille s’infléchit en même temps que la courbe de poids s’accélère, il faut craindre une éventuelle pathologie sous jacente et la rechercher par un examen clinique approfondi et des examens complémentaires biologiques voire radiologiques. Ces pathologies sous jacentes sont, entre autres : l’hypothyroïdie acquise, un hypercorticisme primaire ou iatrogène, une insuffisance hypophysaire ou certaines tumeurs hypothalamo-hypophysaires. On peut citer également quelques obésités pathologiques comme le syndrome de Willi-Prader, de Bardet-Biedl, d’Alstrom etc. où l’obésité existe mais associée à de nombreuses autres anomalies.

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